28 mars 2006

Premiers soupçons et arrestation

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Le mois d’avril 1919 est celui de tous les dangers pour l’homme aux quatre-vingtdix pseudonymes ... Landru, qui vient de faire la connaissance d’une femme avec laquelle il a lié conversation dans le métropolitain, n’en sait encore rien : tranquillement, il lui donne rendez-vous sans se douter qu’il est activement recherché. Alertée par le procureur de la République de Mantes, la Sûreté générale confie le dossier à la première brigade mobile de Seine-et-Oise, qui a mis l’inspecteur Belin sur ses traces. Or, tandis que l’on se demande comment on va mettre la main sur un individu qui n’a laissé de souvenirs que dans quelques mémoires incertaines, la chance, subitement, choisit son camp. Au début du mois, Laure Bonhoure, à qui Landru avait été présenté naguère, l’aperçoit fortuitement dans un magasin de la rue de Rivoli, à Paris, en compagnie d’une jeune femme. Aussitôt alertée, la police se lance à sa poursuite. Une rapide enquête conduit l’inspecteur Belin jusqu’à la rue de Rochechouart, où l’individu poursuivi répondait au nom de Guillet. Le jour de ses cinquante ans, Landru est arrêté en compagnie de Fernande Segret.

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Très vite, Henri Désiré Landru est démasqué grâce à son permis de conduire. On découvre, par ailleurs, l’adresse de son dépôt de Clichy, qui contient des meubles, des objets divers et de nombreux vêtements féminins. [...] Quelques jours à peine après son arrestation, le commissaire Dautel, qui conduit l’enquête, découvre une fiche de po- lice au nom de Landru, alias Guillet, recherché pour escroqueries... De la prison de Mantes où il avait été incarcéré, il est transféré à la Santé. Désormais, « l’affaire » est lancée : la rumeur publique tient son héros populaire de l’après-guerre. La presse amplifie si bien le phénomène que les témoins affluent dans les commissariats. Le Petit Journal est le premier à manifester son intérêt pour l’énigme et tandis que la notoriété de Landru enfle de jour en jour, L’OEuvre et Bonsoir émettent l’hypothèse d’un montage politique. A la fin du mois d’avril 1919, les premières perquisitions ont lieu à Gambais. La femme et le fils aîné de Landru sont accusés à leur tour, mais ils seront rapidement disculpés. C’est au mois de mai que le juge Bonin ouvre enfin l’instruction qui conduira à l’inculpation de Landru, à son procès puis à son exécution. Recherché partout en France avant la guerre, il est tombé pour avoir tenu, trop scrupuleusement, deux calepins qui lui servaient de livre de compte et d’agenda ; on y découvre que pas moins de deux cent quatre vingt trois femmes sont entrées en contact avec lui suite à des annonces matrimoniales passées dans des journaux. La découverte des noms de dix femmes déclarées officiellement disparues conduit le juge d’instruction Dautel à inculper Landru de meurtres. Dès son incarcération, tandis que les journaux font état d’une série de crimes sans cadavres, le « mystère Landru » se répand un peu partout, jusqu’à l’étranger : l’assassin présumé devient le prisonnier le plus populaire de France, son nom inspire même les chansonniers. Lors des élections municipales, neuf mille bulletins portent le nom de Landru ! En 1920, le juge Bonin signe l’ordonnance de renvoi de Landru devant la chambre de mise en accusation. De son côté, le procureur de la République félicite les policiers qui ont permis l’arrestation de Landru, que tout le monde décrit comme un tueur sans états d’âme, dont le pouvoir mystérieux inquiète les foules et les charme tout à la fois. Dès le mois de janvier 1921, le substitut du procureur Godefroy rédige le brouillon de l’acte d’accusation contre Landru. Mais il faudra attendre le mois de novembre pour que le prévenu comparaisse devant ses juges. En mars, l’Allemagne refuse les volontés des Alliés en matière de réparations de guerre. Pour une partie de la presse, le gouvernement de Georges Clemenceau aurait excité la curiosité publique sur l’affaire Landru afin de la distraire des négociations qui s’enlisent. En octobre, prémices à son procès criminel et répétition générale pour les observateurs, la 11e chambre correctionnelle de Versailles condamne Landru pour les escroqueries qui n’ont pas encore été jugées. Au fond de sa cellule, il exécute un croquis qu’il remettra à l’assistant de Me de Moro-Giafferi, son défenseur : au dos de ce dessin, qui représente la cuisine de sa maison de Gambais, Landru, de manière énigmatique, se confesse à demi-mots... Mais il lui fait promettre de ne pas le rendre public. Le 7 novembre au matin, le procès de Landru s’ouvre devant les assises de Versailles. Trois semaines plus tard, au terme de huit heures de délibérations, les jurés déclarent Henri Désiré Landru coupable de onze meurtres et le condamnent par là même à la guillotine.

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Posté par kematca à 11:40 - - Permalien [#]